Au lendemain de la Grande Guerre, on a vu fleurir dans l’Hexagone les fameux bas de laine. Le tableau d’une France économe s’est ancré dans l’inconscient populaire. Mais au-delà de l’image d’Épinal, qu’en est-il réellement de l’épargne des Français ? Comment est-elle répartie ? Une analyse structurelle s’impose …

Les Français privilégient l’épargne sous forme de liquidités

La culture de l’épargne est fortement ancrée dans les mentalités françaises. Loin devant leurs homologues européens, presque 90 % des Français déclarent mettre de l’argent de côté chaque mois. Accumuler des économies, si modestes soient-elles, est perçu comme une nécessité par l’immense majorité des foyers. Lorsqu’il s’agit de répartir ces avoirs, les Français se tournent massivement vers les placements liquides. Ainsi, malgré son taux de rendement très peu attractif, le Livret A demeure incontestablement le placement préféré dans l’Hexagone, puisqu’il recueille à lui seul 60 % des fonds des épargnants. À grands renforts de campagnes publicitaires, les banques ont tenté de donner une impulsion positive à l’Assurance-vie. Elles y sont en partie parvenues puisque celle-ci arrive aujourd’hui en seconde position, avec environ 20 % du montant total de l’épargne en France.

Les francais et l'epargne

Les Français délaissent les investissements sur les marchés boursiers

Un tiers seulement des Français investissent une partie de leurs économies sur les places financières. Ce chiffre très bas place notre pays dans les dernières positions du classement européen, loin derrière la Suède par exemple, où près des deux tiers de la population confient une partie de ses avoirs aux marchés boursiers. Le capital-risque ne séduit pas les Français, et le réflexe spéculatif ne fait pas partie des traditions de l’Hexagone en matière d’épargne. Un chiffre résonne de ce point de vue comme un constat lapidaire : les actions et obligations réunies recueillent moins de 10 % des sommes placées par les Français ! C’est dire le chemin qui reste à parcourir pour atteindre un niveau comparable à celui des États-Unis par exemple …

La répartition de l’épargne se fait selon des critères psychologiques et culturels

La simple analyse structurelle de la répartition de l’épargne en France ne suffit pas. Il faut essayer d’en comprendre les ressorts profonds, liés à l’histoire des mentalités dans le pays. Au lendemain de la Grande Guerre, la population était échaudée par des années de privation. Dès lors, l’épargne a été perçue par une majorité de foyers comme un moyen de sécuriser ses avoirs et de se prémunir contre les coups du sort. Ce réflexe de frilosité s’est fortement ancré dans la tradition française. Le désintérêt des Français pour les marchés boursiers s’explique donc par la peur de perdre une partie de ses économies. Dans l’Hexagone, on privilégie une gestion en bon père de famille, qui consiste à sécuriser son capital en optant pour des placements sûrs, au détriment de la rentabilité. L’objectif à terme étant de préparer ses vieux jours ! La manière dont les Français conçoivent l’épargne est donc directement corrélée à la mentalité du pays, à ses traditions culturelles les plus tenaces …